"Soumission ou Simulacre de Soumission"? Michel Houellebecq et la Métaphysique (Baudriallardienne) du Radiateur" Academic Article uri icon

Abstract

  • La publication, le 7 janvier 2015, du dernier Houellebecq (Soumission), a causé un gros émoi en France, avant même que l’Histoire ne retienne cette date comme le jour des attentats de Paris. Soumission fut immédiatement taxé “d’islamophobie” et catalogué dans la mouvance zemmourienne du “suicide français” –bref, un “cadeau pour Marine Le Pen.” Soumission n’est pourtant pas la première politique-fiction/uchronie à mettre en scène, par la littérature, l’accession d’un musulman à la présidence de la République Française: Abd al Malik le “rappeur soufi” l’aura fait avant Houellebecq, dans son roman de 2013 L’Islam au secours de la République. La question centrale que pose le présent article est alors la suivante: est-il juste, et justifié, de poser Soumission comme un électrochoc contre les musulmans, là où, par contraste, L’Islam au secours de la République serait un électrochoc pour une “France républicaine”? Cet article répond aux accusations d’islamophobie formulées contre Houellebecq en remettant Soumission dans son contexte houellebecquien. J’avance en effet que les clés de compréhension de l’œuvre se situent dans le livre précédant de Houellebecq, intitulé les Particules Élémentaires, qui avait déjà valu en 1998 à l’auteur de virulentes critiques d’islamophobie (entre autres). Il faut d’abord passer par l’étape de l’analyse textuelle précise qui, en soi, relativise déjà ces accusations: des deux personnages Bruno et Michel, l’un est raciste, et l’autre pas; donner plus d’importance à l’un plutôt qu’à l’autre relève du parti-pris. Mais surtout, mon argument principal consiste à identifier les Particules Élémentaires comme une œuvre profondément imprégnée de la pensée de Jean Baudrillard, selon qui “signifié (et référent) ne sont qu’un effet du signifiant,” ou simulacre. Une telle interprétation s’avère d’une grande utilité pour comprendre la métaphore centrale du roman (celle du radiateur, c’est-à-dire du vide à remplir), ainsi que la division du système houellebecquien en trois “mutations métaphysiques” (paganisme, religions, science), d’où les efforts de Michel pour créer une “religion scientifique.” Si le succès phénoménal du livre doit nous interroger, sans doute, sur l’évolution de la société française contemporaine, en dernière analyse, il apparaît totalement inexact de dire que Houellebecq participe au débat actuel sur la laïcité en France par son supposé athéisme/matérialisme et sa tout aussi supposée islamophobie. En revanche, il est beaucoup plus opportun de souligner sa contribution à la littérature française de par une œuvre (au sens large) foncièrement postmoderne et baudrillardienne.

Publication Date

  • 2017-02-01